Rapsodie sidérale

Pour un tocard de père qui refusa l’obstacle
A la première haie et sortit de la salle,
Sa mère assuma seule le reste du spectacle.
C’était après la guerre, une histoire banale.


Un homme bienveillant, amoureux de sa mère
Adopta cette enfant et en fit donc sa fille.
Gratitude et bon gré, pour cet homme compère,
Père et beau-père en somme d’une belle famille.


Le rideau de la vie s’ouvrait alors tout grand.
Elle n’aurait pas pensé que de sa vie durant,
Elle ne connaîtrait plus que ces mêmes tocards,
Toques et casaques grises, bons à mettre au rancart.


M’est avis que les hommes furent pour elle un fardeau
Qu’il lui fallut porter comme ballots de paille.
Un tribut à la gent de celui qui plus tôt
Lui avait donné nom, suite à ses épousailles.


Poursuivit-elle alors, de façon naturelle,
L’étoile de sa mère qui connut l’abandon ?
La lâcheté d’un père aimant la bagatelle,
Porta vers elle les hommes, comm’ le vent le chardon ?


Il sema à tous vents, le tocard en question :
Une autre fille, ailleurs, d’identique prénom,
Dont le destin défait et le lot de ballots,
Jalonnèrent la vie de douloureux mélos.


Á quel originel manqu’ fur’nt-elles soumises,
Pour porter de si lourds et encombrants fardeaux ?
Pour subir à ce point l’ineffable mainmise
De tocards et toqués parés d’affûtiaux ?


La peur de l’abandon expliqu’ t-elle à elle seule
Ces vies de bouts d’chandelles, dont les flammes vacillent
Au gré des vents mauvais et des grands coups de gueules ?
Rapsodie sidérale pour des âmes en guenilles.

Jean-Charles Theillac
22 octobre 2009